1. Introduction
Dans une étude portant sur lattention visuelle, Michael et al. (2006) ont proposé un modèle cognitif hybride de lattention. Cognitif car il admet lexistence détapes et sous-systèmes indépendants effectuant chacun des computations spécifiques ; hybride car il dérive de la combinaison dautres modèles qui, eux, portent sur des aspects plus spécifiques des traitements attentionnels.
Le modèle « Master Activation Map » ou MAM, appelé ainsi car il attribue un rôle clef à une carte cognitive intégrative, est basé sur des modèles et données issus de la psychologie cognitive (Watson & Humphreys, 1997 ; Theeuwes, 1992 ; Godjin & Theeuwes, 2002), de lintelligence artificielle (Itti & Koch, 2001), de la neurophysiologie (Desimone & Duncan, 1995 ; Treue, 2003 ; Reynolds & Desimone, 2003), de limagerie (de Fockert et al., 2004) et de la neuropsychologie (Aron, 2003 ; 2004 ; Michael et al., 2001a ; 2001b ; 2006 ; Michael & Buron, 2005). Il est ainsi possible de trouver dans la littérature lattribution de tel ou tel module du modèle à telle ou telle structure cérébrale. Dans le cadre présent, nous éviterons daborder ces aspects et nous nous contenterons aux seules composantes cognitives, leur rôle et fonctionnement.
Enfin, bien que certains sous-systèmes de ce modèle appartiennent, selon la classification plus générale et plus largement admise, à lattention sélective ou les fonctions exécutives, le MAM va au-delà de ces notions et considère que ces sous-systèmes, peu importe leur appartenance, sont indispensables au fonctionnement attentionnel. Il ny donc plus mention à lattention sélective et aux fonctions exécutives, mais à des traitements ascendants, des biais descendants, et des relations inter-cartes.
2. Larchitecture de lattention selon le MAM
i. Le modèle
La structure du modèle est présentée dans la figure 1. Il est admis que les entrées visuelles sont initialement traitées dans deux voies distinctes (Mishkin et al., 1983), une spécialisée dans le traitement des dimensions spatiales et une spécialisée dans lanalyse des dimensions non-spatiales (couleur, forme etc.). La voie participant dans lanalyse des dimensions non-spatiales calcule les différences entre les items du champ visuel pour chacune de leurs dimensions (Theeuwes, 1992). Ces différences seront représentées sous forme dactivité ou de signaux sur une carte de niveau supérieure, la carte de saillance. Cette carte contient ainsi des indications sur les items qui sont visuellement les plus saillants du champ visuel (Theeuwes, 1992 ; Itti & Koch, 2001). Ces signaux sont par la suite transmis et intégrés au sein dune carte cognitive intégrative, la carte MAM (Master Activation Map). Cette carte intègre également des signaux issus dune carte de pertinence, générés lors de létablissement des buts et objectifs de lobservateur. La carte MAM est donc une composante dimportance centrale car elle contient des signaux issus du traitement ascendant et du traitement descendant (Treue, 2003).

Figure 1. Le modèle MAM (Michael et al., 2006).
La sortie de la carte MAM constitue lunique entrée vers un processus dorientation attentionnelle spécialisé dans la programmation et lexécution des mouvements attentionnels et oculaires dans lespace (Rizzolatti et al., 1987 ; Godjin & Theeuwes, 2002). Le signal le plus fort de la carte MAM guide lattention vers son emplacement (Theeuwes, 1992) dont les coordonnées spatiales sont fournies via les interactions entre la carte MAM et la carte spatiale. Guidé par les buts et objectifs de lobservateur, un processus indépendant dinhibition opère sur le contenu de la carte MAM afin de réduire la propension des signaux non pertinents et issus de la carte de saillance à alimenter le processus dorientation.
ii. Les cartes cognitives
La notion de carte cognitive nest pas nouvelle dans la littérature. Elle est reprise dans le modèle MAM. Comme il peut être constaté (fig.1), le modèle est essentiellement constitué de cartes cognitives, dont la carte MAM.
a - les entrées visuelles sont initialement acheminées vers des cartes perceptives hautement spécialisées, une notion empruntée à la théorie cognitive de Treisman & Gelade (1980) et à la théorie du double système visuel de Mishkin et ses collaborateurs (1983). Les propriétés spatiales des stimuli visuels, quelles soient catégorielles ou coordonnées (Kosslyn et al., 1989), sont traitées et représentées sur une carte spatiale, alors que les propriétés non-spatiales, telles lorientation, la couleur, la forme etc., sont traitées et représentées sur un ensemble de cartes dattributs visuels. Un exemple est présenté dans la figure 2. La position spatiale de chacune des treize lignes sera représentée dans la carte spatiale. Parmi ces lignes, une est plus longue que les autres, une est plus brillante (représentée par un trait plus épais) et une est orientée différemment des autres. La carte spécialisée dans lanalyse de la taille va donc représenter 2 tailles, une correspondant à la ligne la plus longue et une correspondant aux autres lignes ; la carte dorientation représentera 2 orientations, une correspondant à la ligne horizontale et une correspondant aux lignes verticales ; enfin la carte de la luminance représentera 2 valeurs de luminance, une élevée correspondant à la ligne la plus lumineuse, et une correspondant aux autres lignes. Les interactions entre les cartes dattributs et la carte spatiale (représentées sous forme dune flèche pointillée dans la figure 1) permettra dindividualiser les différents items (Treisman & Gelade, 1980), même sils partagent des attributs similaires (e.g., la même orientation, la même luminance, la même longueur etc.).

Figure 2. Les différents attributs visuels, comme la taille, la luminance, lorientation etc. sont traitées et représentées sur des cartes cognitives spécialisées.
Le rôle de la carte spatiale est donc crucial dans la perception dobjets multiples. Ceci est attesté par limpossibilité de percevoir plus quun objets à la fois comme conséquence de la perte des cartes spatiales suite à des lésions bi-pariétales, un déficit connu sous le nom de simultagnosie. Le fait que les cartes dattributs ne représentent pas TOUS les objets du champ visuel mais les valeurs uniques que peut prendre une dimension perceptive (e.g., couleur, forme) est attesté par une étude menée par Lynn Robertson et Marcia Grabowecky (Robertson, 2004, pp.201-202). Les auteurs ont demandé à un patient simultagnosique, RM, ayant perdu les fonctions spatiales, de donner le nombre et couleur de disques présents sur un écran dordinateur. Il pouvait y avoir par exemple 9 disques dont un bleu, un rouge et sept verts. Le patient disait voir un rouge, un bleu et un vert ! Ce pattern de réponses na pas changé au fil des essais et RM rapportait toujours les couleurs présentes mais toujours un disque de chaque couleur. Selon Robertson (2004), ceci est le résultat de labsence de carte spatiale. Trois disques étaient individualisés grâce à leur différence de couleur, ce qui atteste dune représentation individuelle de chacun sur les cartes de couleurs. Mais labsence de carte spatiale na pas permis dindividualiser les disques ayant la même couleur et qui étaient représentés au sein de la carte de couleur comme une seule valeur, le vert.
b - daprès Theeuwes (1992), pour chaque dimension donnée dun stimulus (e.g., la couleur), le système visuel calcule les différences de ce stimulus par rapport à ses voisins. Ceci sert à déterminer à quel point les différents items du champ visuel diffèrent entre eux. Le résultat de ce calcul est une activité qui est représentée sur une carte subséquente, la carte de saillance. Il est encore incertain si ces activités concernent chacune des dimensions traitées (couleur, taille, etc.), auquel cas, il existerait plusieurs cartes de saillance correspondant chacune à une dimension perceptive, ou sil ny a quune seule carte, auquel cas, elle représenterait le signal final résultant de laddition des activités issues des différentes dimensions. Cette dernière hypothèse semble plus plausible dans le sens où la façon dont la saillance est définie correspond bien au degré auquel un item diffère de ses voisins de façon générale (et donc, toutes dimensions confondues). La carte de saillance occupe une place centrale tant dans le modèle de Theeuwes (1992) que dans le modèle MAM. Cest grâce à cette carte que le système visuel arrive à trouver litem du champ visuel qui diffère le plus des autres et est donc susceptible de constituer un élément déviant de lenvironnement méritant dêtre sélectionné en vue dune analyse plus approfondie. La carte de saillance ne contient cependant pas quune seule activité. Bien au contraire, le nombre dactivités qui sont présentes correspond au nombre ditems présents dans le champ visuel à un moment donné. La valeur de ces activités est variable, avec lobjet le plus déviant recevant lactivité la plus forte, puis le deuxième élément le plus déviant reçoit la deuxième plus forte activité, et ainsi de suite. Daprès Duncan & Humphreys (1989), un objet visuel est saillant si plusieurs conditions sont réunies : (i) il diffère de ses voisins au moins sur une dimension, et (ii) ses voisins sont relativement homogènes sur cette dimension ; dautre part, un objet peut être perçu comme saillant grâce à (iii) sa rareté qui contraste avec la fréquence de survenue de ses voisins. Enfin, Theeuwes (1992) ajoute que la seule différence dun item par rapport à ses voisins sur une dimension nest pas suffisante. Il propose que (iv) le degré de différence dun item par rapport à ses voisins sur cette dimension constitue également un critère de génération de saillance. Ainsi, un item vert parmi des objets rouges est saillant car il diffère deux sur la dimension couleur, mais il nest que faiblement saillant sil est présenté parmi des items de couleur turquoise car il nen diffère que peu sur cette dimension. Enfin, il est très important de noter que tant le modèle de Theeuwes (1992) que le modèle MAM ne considèrent point la saillance comme quelque chose de physique qui appartient à limage, mais une propriété perçues, cest-à-dire, le résultat dun traitement cognitif.
c - contrairement aux cartes décrites précédemment, la carte de pertinence constitue une réelle nouveauté introduite par le modèle MAM. La plupart dauteurs en psychologie et en neuroscience cognitives considèrent quun objet pertinent est un objet saillant. Il est vrai quun objet pertinent pour lindividu à un moment donné ne peut quêtre saillant pour la tâche en cours. Cependant, lutilisation dun seul terme pour désigner des traitements différents na fait que rendre absurde à la fois la notion de saillance et la notion de pertinence. Ainsi, dans un travail magistral présenté par Robinson et Petersen (1992) sur le rôle du pulvinar thalamique dans la saillance visuelle, il existe une confusion importante de la notion de pertinence et de saillance. Dautre part, Theeuwes (1992) ne mentionne pas vraiment les traitements effectués sur les aspects pertinents dun item, mais laisse entendre que la façon dont la saillance est attribuée concerne également la pertinence. Le nombre détudes ayant montré lexistence de traitements différents et deffets distincts dun objet pertinent et dun objet saillant nous a mené à proposer lexistence dune carte de pertinence, fonctionnant de façon similaire à la carte de saillance mais recevant ses entrées principalement de processus volontaires et contrôlés de haut niveau. Cette proposition vise également à éclairer et à différencier explicitement la notion dobjet saillant (qui diffère de ses voisins et qui est représenté comme un candidat pour lorientation de lattention) de celle dun objet pertinent (qui ne diffère pas forcément de ses voisins mais qui est lobjet recherché). Daprès le modèle MAM, la carte de pertinence sactive lorsque lobservateur a lintention de trouver une cible sur la base des connaissances préalables dont il dispose, comme sa position spatiale, ses caractéristiques physiques etc. Une activité émerge alors dans cette carte et concerne les caractéristiques de litem recherché qui ont été transmis par des systèmes de haut niveau, concernés par les buts et les objectifs. Lactivité qui se lève au sein de cette carte est dautant plus forte que lindividu dispose dinformations précises sur la cible. Ainsi, la connaissance de lemplacement précis de celle-ci produira une activité très forte, alors que la connaissance probabiliste produira des activités plus faibles. Plusieurs données montrent que le temps est également un facteur important dans la production des signaux de pertinence, et ceci probablement parce que la carte de la pertinence dépend des biais descendant nécessitant du temps pour être efficients.
d - les activités qui émergent au sein des cartes de saillance et de pertinence sont transmise à la carte-clef du modèle, la carte MAM. Cette carte est la plus importante du modèle et cest à cause de son importance que le modèle porte son nom. Elle a des fonctions intégratives dans le sens où elle va créer une représentation fidèle du contenu du champ visuel. En effet, grâce à ses interactions avec la carte spatiale, la carte MAM contient des informations sur la position de chaque item dans le champ visuel, grâce aux informations transmises par la carte de saillance elle marque les items saillants du champ visuel et, grâce à la carte de pertinence, elle marque les items qui sont pertinents pour la tâche en cours. Le contenu de la carte MAM alimente le processus dorientation qui dirigera lattention vers lactivité la plus forte. Dautre part, le processus dinhibition agira sur cette carte afin de réduire les activités qui ne sont pas intéressantes mais qui y sont néanmoins représentées fortement. La carte MAM constitue ainsi une interface dinteraction entre les composantes les plus importantes du modèle. Enfin, les capacités intégratives de la MAM sont particulièrement évidentes lorsque par exemple litem le plus saillant du champ visuel est également litem pertinent. En dautres termes, les activités transmises à la MAM par la carte de saillance et la carte de pertinence concernent le même objet. Lexistence de la MAM est attestée par des données neurophysiologiques (Fecteau et al., 2004) qui montrent que certains neurones qui répondent à des stimuli saillants et à des stimuli pertinents, manifestent une hyper-additivité dans leur activité lorsque le signal saillant est également le signal pertinent. Ceci veut dire que la somme de lactivité due à la saillance et de celle due à la pertinence est plus petite que lactivité effective due à la présence dun objet qui est à la fois saillant et pertinent. Dautre part, des données comportementales, tant chez lanimal (Fecteau et al., 2004) que chez lhomme (Yantis & Egeth, 1999), montrent que la vitesse de détection dun item saillant est plus grande lorsque les observateurs savent davance que lobjet saillant est également lobjet pertinent, par rapport à des situations où ils ne le savent pas. Ceci atteste dune additivité des signaux de saillance et de pertinence, menant probablement à une hyper-additivité.
iii. Les processus dorientation et dinhibition sont indépendants
En dehors des composantes représentées sous forme de cartes cognititves et qui effectuent des computations spéciales, le modèle MAM contient deux processus complètement indépendants : le processus dorientation et le processus dinhibition. Plusieurs modèles antérieurs ont voulu intégrer ces deux processus. Cependant, aucune mention claire et directe nétait faite sur leur indépendance et leurs interactions. Par exemple, Posner et ses collaborateurs (1987) ont décrit un modèle très populaire (fig. 3) permettant de comprendre les étapes (ou opérations élémentaires) de lorientation attentionnelle. Dans ce modèle existe un module dinhibition. Posner et al. (1987) suggèrent que linhibition est appliquée aux endroits où lattention nest pas portée. Cest la raison pour laquelle la localisation (spatiale) dun item et lengagement de lattention à son emplacement sont suivis de linhibition des autres endroits. Ce modèle est intéressant en soi, car il mentionne déjà lexistence de ce module dinhibition, apparemment indépendant des autres opérations élémentaires.

Figure 3. Le modèle de lorientation attentionnelle (Posner et al., 1987).
Cest justement sur ce point que le modèle de Posner et al. (1987), et le modèle MAM diffèrent, sans pour autant que les deux se contredisent et ne sopposent. Dans le modèle MAM, linhibition est le produit dun processus spécialisé et indépendant du processus dorientation. Ce nest pas le cas dans le modèle de Posner où linhibition est un module indépendant mais qui fait partie du processus dorientation au même titre que les autres opérations élémentaires, lengagement, le désengagement, et le déplacement de lattention. Cependant, il semble que lindépendance de linhibition et de lorientation était déjà envisagée depuis le milieu des années 1980, sans pour autant quun modèle la mentionne explicitement. Cest le cas du modèle MAM où cette indépendance est bien visible. En effet, selon Michael et al. (2006), la dissociation des deux processus est indiscutable. Plusieurs caractéristiques sont bien visibles dans la représentation du modèle (fig.1) : (i) dabord, le processus dinhibition semble se placer au même niveau de complexité que le processus dorientation, acquérant ainsi un statut équivalent et échappant à la conception dopération élémentaire dépendante de lorientation (Posner et al., 1987) ; (ii) le processus dinhibition nest pas en contacte direct avec le processus dorientation. En effet, leurs interactions se font uniquement grâce à la carte MAM ; (iii) enfin, le processus dinhibition est dirigé par des traitements descendants, eux-mêmes dépendant largement des ressources attentionnelles disponibles (Watson & Humphreys, 1989), alors que le processus dorientation fonctionne sur la base des informations-entrées en provenance de la carte MAM.
Lindépendance des deux processus en question ici est attestée par les résultats du patient RJ, porteur dune lésion tumorale circonscrite de lopercule frontal droit, à des tests dattention (Michael et al., 2001b ; 2006). Les travaux menés à laide de RJ ont montré quil est capable dorienter son attention de façon délibérée ou involontaire vers des items du champ visuel. Ils ont également montré quil arrive à maintenir sans problème lemplacement futur dune cible et dutiliser cette information afin daméliorer ses performances. Cependant, malgré des conditions optimales permettant la focalisation sur la cible, RJ est dans lincapacité à résister à linterférence issue dun item saillant mais non-pertinent pour la tâche en cours. Ce déficit sest manifesté également même si RJ savait davance avec certitude lemplacement la cible. Par ailleurs, lutilisation dun paradigme de marquage visuel (Watson & Humphreys, 1997) impliquant linhibition active ditems non-pertinents et non-saillants présentés davance, dans le but daméliorer la recherche de la cible parmi un groupe ditems apparaissant ultérieurement, a confirmé lexistence dun déficit dinhibition. RJ ne pouvait pas ignorer ces items préalables et connus avec certitude comme étant non-pertinents. De façon intéressante, les profiles de recherche visuelle de RJ ne sécartaient point du profile normal moyen, ce qui suggère encore une fois que le processus dorientation était intact.
a - le processus dorientation est responsable de lallocation de lattention à différents endroits du champ visuel. Même si la représentation schématique de ce processus (fig.1) est simple et ne lui attribue que les étapes de programmation et dexécution des mouvements attentionnels et oculaires dans lespace, elle ne rend pas compte de toute la complexité de celui-ci. En effet, les opérations élémentaires décrites par Posner (1980) comme composant le processus dorientation, cest-à-dire, lengagement, le désengagement et le déplacement, peuvent être considérées comme faisant partie du processus dorientation décrit dans le MAM. Dautre part, Posner et Cohen (1984) ont décrit une autre opération qui serait active lors de lorientation attentionnelle, linhibition du retour (IoR). Cette opération marque les emplacements déjà explorés afin de biaiser lattention vers des endroits nouveau, et lempêcher de revenir sur ses pas. Les effets de cette opération ont été trouvées dans plusieurs types de tâche, allant des paradigmes dindiçage spatial habituel (Posner & Cohen, 1984) aux tâches de recherche visuelle (Klein, 1988 ; voir Klein, 2000 pour une revue de question). Malgré son nom, cette opération semble être tout sauf de nature inhibitrice. En effet, Klein (1988) utilise le terme détiquetage (tagging en anglais) afin de décrire la façon dont lIoR marque les endroits déjà explorés pour ne plus y revenir. LIoR semble être plus dordre mnésique (Kristjansson, 2000), mais même le terme « mnésique » pourrait être trompeur. Peu importe le nom attribué à cette opération, elle semble dépendre du processus dorientation et non pas du processus dinhibition, cest la raison pour laquelle elle est considérée, selon le modèle MAM, comme faisant partie de ce processus. Plusieurs études ont montré quil fallait une recherche visuelle active afin que lIoR se manifeste (Klein, 1988), que cette IoR est liée à loculomotricité (Klein, 2000), et que les lésions des structures sous-corticales, responsables de lorientation de lattention et du regard, perturbaient lIoR (Sapir et al., 1999). Des résultats plutôt indirects suggèrent également que lIoR est différente de linhibition proprement dite, responsable de la résistance à linterférence. Les performances du patient RJ (Michael et al., 2006) dans des tâches de recherche montrent quil cherche les cibles de la même façon que les sujets sains puisque sa pente de recherche (slope en anglais ; cest le temps nécessaire à lattention pour se déployer dun item au suivant) ne dévie point du profile attendu. Or, un déficit de lIoR se manifesterait à travers une pente de recherche plus importante : RJ aurait tendance à revenir en arrière et à re-explorer des items déjà explorés. Ceci nétait pas le cas, et ceci malgré un déficit de linhibition des items non-pertinents. Par ailleurs, Crawford et ses collaborateurs (2005) nont pas pu trouver de lIoR dans des situations où linhibition dun item non-pertinent était nécessaire. Les auteurs rappellent que lIoR concerne les items déjà explorés, alors que linhibition proprement dite concerne les items vers lesquels lattention ne doit pas être orientée, un point de vue quils partagent avec Christie et Klein (2001). Le processus dorientation inclurait, donc, en plus de la programmation et lexécution des déplacements attentionnels et oculomoteurs, les opérations élémentaires décrites par Posner (1980) et lIoR. Selon le modèle MAM, le processus dorientation fonctionnerait sur la base des entrées qui lui sont adressées par la carte MAM. Ceci a des implications théoriques majeures car ce processus ne serait ni exogène ni endogène, selon la terminologie et le modèle de Posner (Posner & Petersen, 1990). Il serait plus un processus général qui fonctionnerait sur une base dun seuil dactivation (Michael & Buron, 2005). Les entrées en provenance de la carte MAM saccumulerait jusquà atteindre un certain seuil au-delà duquel le processus dorientation sactiverait afin de déplacer lattention vers lendroit de lespace dont sont issus ces signaux. Ceci veut dire que lorigine du signal concerné déterminerait la façon dont lattention sorienterait (Godjin & Theeuwes, 2002). Si ce signal provient de la carte de saillance, alors lorientation se fera de façon involontaire. Si au contraire ce signal provient de la carte de pertinence, lorientation se fera de façon volontaire. Il existe, à ce jour, plusieurs données suggérant limplication de différentes structures cérébrales selon que lattention soriente de façon involontaire ou volontaire (Posner & Petersen, 1990 ; Corbetta & Shulman, 2002). Cependant, aucune donnée ne montre si limplication de ces réseaux reflète lexistence de systèmes indépendants pour lorientation involontaire et lorientation volontaire, ou sils reflètent simplement la façon dont lattention soriente sur la base des différentes sources dinformations. Dans ce dernier cas, le processus dorientation serait unique, mais la façon dopérer (e.g., la sortie du processus) différerait selon les entrées, comme cest prévu par le modèle MAM. Une deuxième conséquence importante de lhypothèse que le processus dorientation fonctionnerait sur la base des entrées quil reçoit par la carte MAM est que lattention peut être à deux endroits en même temps ! Dans une étude portant sur la capture attentionnelle et oculomotrice, Theeuwes et ses collaborateurs (1999) ont pu montrer que lorsquun individu se prépare à effectuer un mouvement attentionnel/oculaire volontaire vers une cible prédéterminée, lapparition soudaine dun stimulus distracteur provoque une saccade vers son emplacement. Ces saccades sont involontaires et les individus ne sont pas conscients de leur survenue. Les auteurs ont suggéré que lattention était involontairement orientée vers lemplacement du distracteur alors quun mouvement volontaire était en cours de programmation. En dautres termes, il y a eu programmation simultanée et parallèle de deux mouvements vers des endroits distincts. À la lumière du modèle MAM une telle programmation est possible. Les connaissances sur les propriétés physiques ou lemplacement de la cible produiraient une activité au sein de la carte de pertinence, alors que la présence simultanée dans le champ visuel dun item hautement saillant mais non-pertinent élèverait une forte activité au sein de la carte de saillance. Ces deux activités seraient représentées simultanément au sein de la carte MAM. Ces deux activités pourraient ainsi servir dentrée au processus dorientation qui programmerait deux mouvements, un volontaire et un involontaire, en direction des deux items concernés. Ce type de conflit peut être résolu grâce à laction modulatrice du processus dinhibition.
b - sur la base des travaux de Watson et Humphreys (1997), le processus dinhibition du modèle MAM est dirigé par des biais descendants et dépendant de ressources attentionnelles limitées. En effet, Watson et Humphreys (1997) ont montré que la réalisation dune tâche secondaire requérant lutilisation de ressources attentionnelles réduisait considérablement la capacité à inhiber le traitement des informations non-pertinentes. Cependant, les auteurs avaient proposé que cette inhibition agissait sur les positions spatiales des informations à inhiber. Le modèle MAM prévoit que cette inhibition est exercée non pas sur la carte spatiale, mais sur la carte MAM. Lexistence simultanée de deux activité concurrentes au sein de la carte MAM a été mentionnée plus haut. Cette co-existence provoque des interférences car elle incite le processus dorientation à déplacer lattention à deux endroits distincts. Le processus dinhibition peut résoudre cette interférence à travers la modulation quil peut exercer sur la carte MAM. Il peut, en effet, agir de façon à ce que la compétition entre les deux signaux forts soit inégale et biaisée de façon à avantager le signal issu de la carte de pertinence. Il semble que certaines conditions soient nécessaires au bon fonctionnement de linhibition, et en premier lieu le temps nécessaire à sa mise en place. Dautres conditions, comme la connaissance préalable des caractéristiques de la cible (qui génèrent une activité au sein de la carte de pertinence) peuvent également aider. Il est encore incertain comment linhibition biaise la compétition au sein de la carte MAM. Est-ce par diminution du poids de lactivité non-pertinente ? Est-ce par un ajout dactivité supplémentaire au signal pertinent ? Est-ce par conditionnement de la carte MAM à réduire la réception dactivités issues des cartes autres que la carte de pertinence ? Ou bien par lajout dinformations qualitativement différentes à lactivité non-pertinente afin que le processus dorientation lutilise moins ou pas du tout ? Les réponses plausibles sont multiples mais pas encore bien déterminées. Curieusement, lexistence dun processus dinhibition qui agirait afin de réduire les activités interférentes nest pas admise par tous les spécialistes de lattention. En effet, il existe deux modèles très influents qui proposent que linterférence issue ditems non pertinents est réduite par dautres moyens. Theeuwes (1992 ; 1995) a proposé que les interférences interviennent lors dune étape préattentive, concernée par létablissement des valeurs de saillance. Si un item non pertinent diffère des autres ou apparaît brusquement pendant cette étape, il va faire émerger une activité de saillance forte et attirera lattention, provoquant ainsi des interférences avec le traitement de la cible. Si, en revanche, cet item ne survient que plus tard, lors de létape attentive durant laquelle lattention soriente vers lemplacement du signal le plus saillant, alors aucune interférence na lieu. Il a effectivement montré (Theeuwes, 1995) que les items qui apparaissent en même temps, ou immédiatement après une cible (donc lors des étapes de traitement initiales, préattantives), interfèrent avec le traitement de celle-ci. Cependant, lorsque ces mêmes items apparaissent suffisamment longtemps après la cible, ils ninterfèrent point. Il propose alors que, lors de létape attentive lattention fonctionne comme un filtre et opère afin dempêcher les informations non pertinentes dentrer en compétition pour la sélection. En dautres termes, aucun besoin de prévoir lexistence dun processus dinhibition afin dexpliquer la réduction des interférences. Dautre part, le modèle de la compétition biaisée (Desimone & Duncan, 1995) assume que la sélection spatiale « ne fait pas quamplifier le traitement du stimulus à lemplacement où se trouve lattention mais semble résoudre la compétition entre les stimuli » (pp.203). Il est donc clair, à travers ces deux modèles, que lexistence dun processus dinhibition nest pas indispensable à la réduction des interférences et au bon fonctionnement du système attentionnel. Seul le processus dorientation serait suffisant à cet effet. Les résultats obtenus auprès du patient RJ (Michael et al., 2001b ; 2006) remettent fortement en question ces hypothèses et apportent un argument indéniable en faveur de lexistence dun processus dinhibition qui serait dirigé par des biais descendants (Watson & Humphreys, 1997). Comme il a été mentionné plus haut, RJ arrive à orienter correctement son attention à la fois sur la base des signaux de pertinence et de saillance, mais narrive point à résister à linterférence issue ditems non pertinents.
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