Quels arguments dispose-t-on en faveur de l'utilisation des essais dans les analyses statistiques du cas unique ?
Lorsque nous effectuons des études de cas, nous sommes parfois menés à comparer les performance du patient qui nous intéresse à celles dun seul sujet contrôle. Dans ce cas, les analyses statistiques sont menées non pas sur des scores moyens mais sur les valeurs obtenues à chacun des essais présentés (Motulsky, 1995). En dautres termes, nous considérons les deux individus comme des populations parentes dont les caractéristiques et propriétés que lon désire étudier se reflétaient dans des fractions de ces population : les observations individuelles (ou essais). Bien quemployée et rapportée dans la littérature neuropsychologique, il nexiste pas darguments directs justifiant lutilisation de cette méthode. Cest la raison pour laquelle certains auteurs peuvent émettre des réserves quant à son utilisation. La critique qui peut être émise concerne presque toujours lindépendance des essais entre eux. En effet, lutilisation de la plupart des tests statistiques suppose que chaque observation est indépendante de toutes les autres. Ce terme, étant très vague et habituellement mal défini, mène les auteurs à considérer quune observation est indépendante lorsquelle provient dindividus distincts. Cependant, le terme d« indépendance » nest nul-part défini comme tel !
Nous pouvons considérer que les mesures individuelles obtenues auprès dun seul individu sont indépendantes les unes des autres et représentent, chacune, les variations du même individu, tout comme les moyennes obtenues auprès dun groupe dindividus peuvent représenter les variations de la population parente. La plupart des travaux scientifiques rapportent les résultats statistiques dérivant de la moyenne subjective, cest-à-dire, la mesure dune seule valeur prise sur un certain nombre de personnes différentes. Ainsi, N sujets différents sont mesurés une seule fois. Lors de lemploi de la moyenne subjective, chaque individu ne constitue quune éventualité, une contingence particulière et est considéré comme une fraction de lespèce (Quetelet, 1835). Les différents individus, dont la valeur recueillie est utilisée dans les analyses, sont considérés comme indépendants les uns des autres, dans le sens où chacun fourni une mesure distincte des autres. Cependant, ces individus continuent à faire partie de la même population.
Dans cette perspective, il est possible demployer la moyenne objective lors des analyses statistiques. La moyenne objective est la mesure de plusieurs valeurs (e.g., les essais) recueillies auprès dun seul individu. Ainsi, un seul individu est mesuré N fois (Laplace, 1812), et chaque mesure est indépendante et distincte des autres. Nous pouvons assumer que lutilisation des essais comme variable aléatoire est tout à fait plausible en ayant largument de la moyenne subjective à lappui. Par ailleurs, il est admis qu effectuer, par exemple, 500 observations dun seul individu ou une seule de 500 individus, donne le même résultat : une courbe gaussienne.
Cependant, cet argument théorique ne suffit pas par lui-même à convaincre que les N observations recueillies auprès dun seul individu sont indépendantes entre elles. Un argument statistique serait nécessaire. Nous disposons aujourdhui de tests susceptibles de pouvoir nous renseigner sur lindépendance dobservations successives. Parmi eux, nous pouvons citer le « one-sample runs test of randomness » (Siegel & Castellan, 1988) qui, étant basé sur la succession dévénements individuels observés dans leur ordre dorigine (e.g., les essais), peut nous aider à conclure quant à la distribution aléatoire de ces observations et, par là, sur leur indépendance. Dautre part, la technique dautocorrélation nous permet de corréler une succession dessais avec elle-même afin de voir si corrélation existe. Dans le cas contraire, lindépendance des effets peut être assumée.
RÉFÉRENCES
- Motulsky H., Intuitive biostatistics, Oxford, Oxford University Press, 1995.
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